En 1935, on a d’un côté des tenues de soirées aux coupes très fluides et un retour à l’antique et de l’autre des vêtements de journées aux coupes structurées et des accessoires.
On trouve également la trace d’un « nouveau » photographe de mode (pas si nouveau que ça, mais on ne l’avait pas vu avant) : Horst.


Horst P. Horst (1906-1999) est un photographe de mode américain d’origine allemande. Il est surtout connu pour ses photographies de mode pour Vogue. Contrairement à beaucoup d’artistes de l’époque, il ne fréquente pas la bohème à Montparnasse. Il préfère les milieux bourgeois attirés par l’art. Il rencontre alors le baron George Hoyningen-Huene qui dirige les studios de Vogue France. Il devient son modèle, puis son amant et son élève. En 1935, il prend la tête des studios à la suite du départ de Hoynigen-Huene chez Harper’s Bazaar, le magazine concurrent de Vogue, et réalise une série « test » de photographies de Lisa Fonssagrives l’année suivante. Photographe de studio, aimant préparer minutieusement ses prises de vue, il fut très influencé par la sculpture grecque.
On trouve aussi dans les pages de cette année cette jolie publicité qui permet d’identifier les grands noms de la mode de cette époque. Certains sont encore connus et d’autres beaucoup moins. C’est parti pour un tour du rond-point !

Maison Alix Couture
Au 102 Faubourg Saint-Honoré (dans l’immeuble qui abrite désormais la Fédération de la Haute couture et de la mode) on trouve la maison ALIX Couture qui ne vous dit peut-être rien, mais qui marque les débuts d’un grand nom du domaine : Madame Grès. En effet, Germaine Émilie Krebs (1903-1993), dite « Alix », puis « Alix Grès », et enfin célèbre sous le nom de Madame Grès est une grande couturière, créatrice de haute couture. D’abord séduite par la danse puis par la sculpture, elle décide finalement de devenir modiste. Elle débute en 1934 sous le nom d’Alix et nomme son atelier Alix Couture alors qu’elle ne sait pas encore coudre. En 1935 (l’année qui nous occupe), elle réalise les costumes de la pièce La guerre de Troie n’aura pas lieu, de Jean Giraudoux, dans une mise en scène de Louis Jouvet. En 1937, elle obtient le premier prix de Haute couture à l’Exposition universelle. Mariée au sculpteur russe Serge Czerefkov, elle lui emprunte son nom d’artiste, Grès (qui est la quasi-anagramme du prénom de ce sculpteur). Elle crée ainsi sa propre maison de couture sous le nom de Madame Grès, au faubourg Saint-Honoré. Son style est caractérisé par les drapés et les lignes pures. À son retour, après l’Exode, elle découvre que sa maison de couture ne lui appartient plus, son associé l’ayant vendue. Perdant l’usage du nom « Madame Grès », elle fonde une nouvelle entreprise sous le nom de « Grès » qui s’installe de 1942 à 1988 au 1, rue de la Paix, à Paris.


Maison Worth
Sur le même boulevard, au numéro 120, il y a la maison WORTH qui est une entreprise française spécialisée dans la haute couture, le prêt-à-porter et les parfums. L’enseigne est fondée en 1858 par le créateur anglais Charles Frederick Worth (1825-1895) et perdure sous ses descendants jusqu’en 1952 avant de fermer en 1956. Charles Frederick Worth est un des fondateurs de la haute couture parisienne. C’est lui qui crée le principe de la maison de couture. Il ouvre, en effet, à Paris, en 1858, au 7 rue de la Paix, sa propre maison de mode en partenariat avec Otto Bobergh. Dans les années 1850, ses créations pour Gagelin obtiennent des mentions aux expositions universelles de Londres et de Paris et il fournit le trousseau de l’Impératrice Eugénie (qui lui restera fidèle quand il aura ouvert sa propre maison). Il habille les principales artistes de l’époque, notamment Sarah Bernhardt, Lillie Langtry et Nellie Melba. Il innove par des collections conçues pour chaque saison, les vêtements étant montrés sur des mannequins vivants, une nouveauté également. Les clientes choisissent alors sur pièces puis font faire ces vêtements sur mesure à l’atelier. Les créations de Worth, caractérisées par une coupe superbe, intègrent des tissus élégants et des garnitures détaillées. En 1871, il dissout son association avec Bobergh. À la mort du créateur, en 1895, ses fils Gaston-Lucien (1853-1924) et Jean-Philippe (1856-1926) reprennent l’entreprise. En 1935, c’est la troisième génération de Worth qui tient la maison.



Maison Agnès
Au tout début de l’avenue Matignon se trouve la maison AGNES ou Agnès-Drecoll. C’est une maison de haute couture française fondée à Paris en 1931. Elle est née de la fusion entre la maison Agnès, fondée vers 1898, et la maison Drecoll. La maison Agnès est créée par Mme Havet, qui sera appelée « Madame Agnès » et qui est une ancienne employée de la maison Doucet. Après la Première Guerre mondiale, c’est elle qui popularise l’usage du turban ; elle développe des créations pratiques, souvent aux motifs exotiques et sera notablement reconnue par la presse pour ses chapeaux. Par l’entremise d’un financier (Georges Aubert), la maison s’associe en 1931 à la maison Drecoll qui avait déjà fusionné avec la maison Beer avant 1928 pour donner naissance à la maison Drecoll-Beer. L’entreprise Agnès-Drecoll est mise en liquidation deux ans plus tard ; une nouvelle société est créée en 1937. Après la guerre, la maison participe avec nombre d’autres couturiers au « Gratitude Train », événement organisé par la Chambre syndicale à la suite du Théâtre de la Mode. Après une période de rémission, la maison est victime, après-coup, de la guerre et doit se résoudre à interrompre ses activités en 1953.


Maison Lelong
Juste après, au n°16 de l’avenue de Matignon, il y a la maison LELONG qui se trouve là depuis 1924 (elle a depuis été remplacée par des galeries d’art). Lucien Lelong (1889-1958) est un couturier français. Issus d’une famille de couturier, il reprend les activités de la maison familiale en 1918. Les collections de 1921, 1922 et 1923 reçoivent un bon accueil de la presse et des clientes. En 1924, il dépose les statuts de sa société de parfums. Il fut un des premiers à imaginer, une dizaine d’années plus tard, le prêt-à-porter de luxe et à penser à l’unité d’une production, du vêtement aux accessoires et aux parfums, considérant la mode autant dans sa dimension esthétique, qu’industrielle et commerciale. De 1925 à 1950, il lancera près de quarante parfums. Le succès de nouvelles disciplines sportives, comme le ski, le pousse à créer des tenues spécialisées au service du sport. Pour faire face à la crise, il lance en 1934 la première collection de prêt-à-porter de luxe, la collection Édition, comportant quatre-vingts modèles, sans succès. En 1935, il fait refaire ses salons, il lance un nouveau parfum : L’Indiscret, dont le flacon a la forme d’un drapé de robe et il participe à l’Exposition universelle à Bruxelles. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il se fixe pour objectif de faire fonctionner malgré toutes les difficultés la haute couture parisienne, afin de sauver les emplois et le savoir-faire. Il ferme sa maison en 1948.


Rochas
Au 12 de l’avenue de Matignon, c’est ROCHAS, une marque de parfums et de couture fondée en 1925 par Marcel Rochas. Il apparaît rapidement comme un couturier novateur, réputé pour ses talents de coloriste et connaît un succès indiscutable auprès d’une clientèle internationale (Mae West, Marlene Dietrich, Joan Crawford, la duchesse de Windsor, Leonor Fini…). Durant les années 1930, son style évolue naturellement vers des lignes architecturées et un intérêt marqué pour le travail sur les matières, instaurant une complémentarité entre la ligne du vêtement et les lignes graphiques du tissu. La marque existe toujours et appartient actuellement à l’entreprise française Interparfums. Mais c’est la banque Palatine qui occupe désormais la place de la boutique de l’avenue Matignon.


J.Suzanne Talbot
Au 8 de l’avenue de Matignon (là où se trouve désormais la galerie d’art Perrotin) c’est la maison J. SUZANNE TALBOT. C’est une maison de modiste à l’origine, extrêmement installée durant tout le début du XXe siècle, mais sur laquelle il est très difficile de trouver des informations. On trouvera facilement des images de chapeaux, voir de vêtements mais rien ou quasiment sur les personnes derrière la marque. Et quand on cherche un peu, les noms de plusieurs personnes apparaissent et il est très difficile de démêler qui est qui, qui fait quoi, etc. J’ai néanmoins fait mes recherches et je vais essayer de vous brosser le portrait des femmes derrière la Maison Suzanne Talbot. Sur la Suzanne Talbot originelle, je n’ai rien trouvé. Juste que la boutique de modiste de la rue Royale « J. Suzanne Talbot » existe au moins depuis 1905. On sait qu’en 1907, elle est rachetée par André Tachard pour son épouse, Jeanne qui deviendra en très peu de temps une figure incontournable de son époque et mettra sa marque sur le devant de la scène parisienne. En 1917, elle revend, pour 312 155 francs, sa maison et la marque « J. S Talbot » à Claire Palisseau et Juliette Levy, qui forment une société dans laquelle elles sont partenaires à égalité. Je n’ai malheureusement rien trouvé concernant Claire Palisseau, mais j’émettrai bien l’hypothèse qu’elle se soit plus expressément occupé de la partie sur les les chapeaux. En effet, à partir des années 20, la maison Talbot commence à également faire des vêtements, et il semblerait qu’ils soient plus associés au nom de Juliette Levy (encore une fois ça n’est qu’une hypothèse, les ressources disponibles sur Internet à ce sujet sont assez rares). Ce qui est amusant, et c’est aussi pour ça qu’on a très peu d’éléments sur leur vie, en leurs noms propre, c’est qu’au moins pour Juliette Levy, qui a l’air d’être le visage social de la société, elles ont l’air d’embrasser totalement le nom de Suzanne Talbot. Par exemple, en 1925, l’Écho des sports Indochinois nous apprend que Juliette-Suzanne Talbot « la couturière de la rue Royale », est « petite, mais très sportive » et qu’elle aime, entre autres, le footing, dans un article dans lequel il fait mine de la rencontrer au coin d’un bois pendant son footing quotidien. En 1931, elles déposent leur marque de savon et parfums. En 1934, elles ont des différents juridiques avec Le Crédit Lyonnais concernant une augmentation très significatifs de leur loyer rue Royale qui les poussera à déménager en 1935 au 8 rue de Matignon (ce qu’on retrouve sur la publicité). En 1938, Juliette Levy, demande le changement de son nom en celui de Juliette-Suzanne Talbot et incarne officiellement la marque. La maison reste ouverte pendant la guerre. La dernière occurrence trouvée dans Gallica date de 1953 (il se peut que la maison continue par la suite, car je n’ai pas trouvé l’acte de dissolution de la société, mais Gallica ne couvrant que les documents libres de droits, il n’y a plus grand choses après les années 50).



Maison Piguet
Un peu plus loin, rue du cirque, on trouvera la maison PIGUET. Issu d’un milieu très bourgeois de banquiers suisses, rien ne prédestine le jeune Robert Piguet à son futur métier de couturier. Et pourtant, à l’âge de dix-neuf ans, il émigre à Paris et ouvre sa maison rue Montaigne. En 1920, il présente son premier défilé dans un décor oriental. Il n’y a pas beaucoup de modèles, une trentaine seulement. Il cherche à s’attacher une clientèle bourgeoise et raffinée, de femmes qu’il connaît bien pour les avoir regardées vivre. Malgré un beau succès d’estime, sa première maison fera faillite et il retournera quelque temps chez son banquier de père avant de revenir, deux ans plus tard, plus modestement, comme assistant de Paul Poiret. Après la fermeture de la maison, il travaille une dizaine d’années chez Redfern où il apprend vraiment son métier avant de créer de nouveau son entreprise à 35 ans, en 1933, rue du Cirque. Le succès est immédiat, le poussant, quelques années plus tard, à s’agrandir. Si la partie couture de l’entreprise s’éteindra après sa mort, la partie parfumerie perdure jusqu’à aujourd’hui.


Fourrures Max
Au 19 avenue de Matignon, on aperçoit un gros MAX ! Il s’agit des fourrures Max, probablement un des fourreurs les plus prisés du temps, qui perdurera au moins jusqu’aux années 60. Comme bien d’autres, je n’ai pas trouvé grand-chose dessus, mais j’ai pu reconstituer au moins une partie de son histoire. Les fourrures Max sont fondées en 1904, place de la bourse, par un sieur Koenigswerther qui prend pour directeur et pour visage de la société, Max Auspitz, un jeune fourreur de talent. En 1908, la société est liquidée, Max Auspitz est remercié et la marque est rachetée par la société Leroy et Schmid. La marque devient « Fourrures Max. A. Leroy » du nom d’Andrée Leroy, la nouvelle directrice de la maison. Max Auspitz ouvre, lui, un nouveau magasin, rue Saint-Honorée, et tente de se servir de la confusion qui peut se faire entre les deux maisons pour récupérer sa clientèle. Ça débouchera sur un procès, en 1912, gagné par la société Leroy et Schmid. La maison Max Auspitz perdurera jusqu’en 1915 où elle est mise sous séquestre par les pouvoirs publics avec des centaines d’autres entreprises tenues par des Allemands. En 1926, les Fourrures Max déménagent rue de Matignon (tout en gardant, a priori, des bureaux place de la Bourse). Mme Leroy, dont l’élégance est toujours précisée dans les articles, aura une place de choix dans le panorama des grand.es directeur.ices de maisons de couture de l’époque. Elle sera faite chevalier au titre des industries de la parure féminine en 1926 et est présidente de la chambre syndicale de la fourrure. Ils ont pour habitude, dans le cadre de leur promotion, de publier des petits livres promotionnels avec, par exemple, des gravures des grandes femmes de l’histoire portant leurs fourrures et un petit texte historique explicatif.



France Vramant
Au 9, avenue de Matignon (aujourd’hui, chez Christie’s), on trouve la maison FRANCE VRAMANT, une maison ouverte par deux couturières : Madeleine Vramant et France Obré et sur laquelle il y a, de nouveau, peu d’informations. La maison est sans doute ouverte dans les années 30. En 1940, on sait que leur bailleur les met dehors et que la maison doit quitter la rue de Matignon pour le 12 rue Goujon. Aux alentours de 1942, les deux femmes se séparent et fondent, chacune de leur côté, une maison de couture. Madeleine Vramant connait un certain succès et est membre de la chambre syndicale de la Haute Couture, garde sa maison ouverte pendant la Seconde Guerre mondiale et perdure au moins jusqu’aux années 60. France Obré connaît aussi un beau départ, mais sa maison peine un peu plus à décoller et s’arrête en 1951, date à laquelle elle décède à l’âge de 44 ans.



Reboux
Toujours au 9 de l’avenue, il y a REBOUX, pour Caroline Reboux (1838-1927), une modiste française. Travaillant pour la haute couture naissante en France, elle a fait du chapeau un accessoire indispensable de la mode féminine et l’a élevé au rang d’œuvre d’art. Si la créatrice n’est plus de ce monde à l’époque qui nous intéresse, la maison est tout à fait active, entre les mains de Lucienne Rabaté (1880-1960) et le restera jusqu’en 1956.



Jacques Heim
On quitte enfin l’avenue Matignon pour celle des Champs-Élysées, au numéro 50 (aujourd’hui occupé par Lacoste) avec Jacques HEIM (1899-1967), un couturier français, également costumier pour le théâtre et le cinéma. Il a dirigé, de 1930 à sa mort, la maison de couture Jacques Heim. Il fut aussi président de la Chambre syndicale de la couture parisienne de 1958 à 1962, période de transition entre le déclin de la haute couture et l’avènement du prêt-à-porter. Ses parents, fourreurs juifs d’origine polonaise, avaient ouvert à Paris en 1898 un atelier de fourrures. Dès le début des années 1920, leur fils Jacques travaille à leurs côtés, et rapidement, il conçoit des robes et des manteaux, confectionnés avec des tissus originaux, collaborant, en particulier, avec Sonia Delaunay. Le succès est au rendez-vous, et, en 1930, l’atelier devient la maison de couture Jacques Heim. En 1935, il expose au musée du soir à Belleville une série de « photographie sociale » représentant des scènes du travail. Il est membre du jury de « Miss cinéma 1935 ». Enfin, il invente les « diaphéas » une sorte de long manteau transparent qui sert de sortie de bain et qui aura un grand succès jusqu’à la fin des années 30.


Maggy Rouff
Plus loin, sur l’avenue des Champs-Élysées, au numéro 136, on trouve MAGGY ROUFF du nom de Maggy Anna de Wagner dite Marguerite Besançon de Wagner dite Maggy Rouff (1896-1971) une créatrice de mode française d’origine autrichienne par son père et belge par sa mère. Elle a créé en 1929 la maison de haute couture Maggy Rouff, qu’elle a dirigée jusqu’en 1948. Dès les années 1930, la Maison devient l’une des grandes maisons de haute couture de réputation internationale, et ce, jusqu’à sa fermeture en 1979. En 1935, elle dépose Maggy Rouff comme marque pour « Tous produits particuliers, hygiène, beauté, savon toilette, peigne., éponge et autres accessoires de toilettes ». Elle adhère également, avec beaucoup de ses collègues, à la ligue d’Assainissement Commerciale. En 1937, Maggy Rouff, qui a traversé la crise sans encombre, ouvre un deuxième salon, à Londres, dans lequel elle se consacre uniquement à la clientèle particulière. Elle fait partie de la chambre syndicale de la couture parisienne. Surnommée par la presse « l’architecte de la couture », elle aime jouer sur l’asymétrie.


Carette
Avenue Montaigne, il y a, bien entendu, Vionnet mais aussi, au 46 (là où se trouve désormais Loewe) CARETTE, la maison de couture d’Yvonne Carette. Créatrice de mode depuis les années 20, il est, encore une fois, difficile de trouver des informations sur elle ou sa maison. On peut juste imaginer qu’au moment où cette réclame sort, il s’agit d’une maison un peu en difficulté. Si on trouve mention d’Yvonne Carette dès 1922, la maison de couture n’ouvre qu’en 1924, au 46 rue Montaigne. En 1929, elle élargit ses activités au parfum et sans doute à la cosmétique en général et dépose un brevet d’invention pour un « sac de dame ». En 1933, elle souscrit à la Ligue d’assainissement commercial (une association pour la défense des intérêts des créanciers) et elle fait partie de la commission couture parisienne, de l’association générale et de l’union du tissu (avec Madeleine Vionnet). En 1934, il y a la convocation d’une assemblée extraordinaire des actionnaires concernant la continuation ou la dissolution de l’entreprise. La même année, Marianne explique que c’est « une maison de seconds plans » qui ne fait que « suivre et interpréter la mode », ce qui est un peu dur, mais montre que la maison ne se porte pas au mieux. Et, effectivement, en 1936, on annonce la dissolution de la société. Mais ça n’est pas la fin de la carrière d’Yvonne Carette puisqu’elle réparait très rapidement sous le nom d’Yvonne Carette Couture au 134 faubourg Saint-Honoré. On trouve une dernière trace d’elle en 1950 avec la mention d’une maison, Yvonne Carette et Monique Letelier.


Kostio de War
Au 18 de la rue Jean Goujon, il y a KOSTIO DE WAR. Il s’agit de la maison de Lyska Kostio de Warkoffska (1896-1986), une couturière française. En 1935, la maison vient tout juste d’être fondée et elle est spécialisée dans les articles de tricot et de crochet haut de gamme. Elle a commencé sa carrière comme actrice et c’est une personne un peu excentrique. Elle a une grande collection de poupées qu’elle présente régulièrement au public et a fait de sa maison une grande salle de balle (qui sera transformée en hospice pendant la Première Guerre mondiale). En 1938, elle déménage la boutique au 108 rue Lauriston et se sépare de la société de War. Sa fille Vanina, qui commence à créer ses propres modèles, reprend, elle, la boutique de la rue Jean Goujon.



Madeleine de Rauch
Un peu plus loin, dans la rue Jean Goujon, au 37, dans l’hôtel de Ganay, on trouve la maison MADELEINE DE RAUCH, du nom de la créatrice de haute couture née en 1896 et décédée en 1985. En 1932, elle fonde à Paris l’entreprise qui porte son nom. Renommée pour la fluidité de ses vêtements et l’élégance de ses tenues de sport, elle atteint son apogée à l’âge d’or de la couture parisienne, après la Seconde Guerre mondiale. Les historiens de la mode la reconnaissent aujourd’hui comme une véritable créatrice de cette mode sportive. Parallèlement, elle développe une orientation couture plus classique.


Yrande
Rue Boccador, au numéro 9, il y a YRANDE, pour la maison Hélène Yrande. Encore une fois, il a fallu que je rassemble des bribes d’informations. On trouve des traces de la maison entre 1929 et 1951 (toujours rue Boccador). Elle s’appelle en fait Hélène Cane, épouse Landau. Elle a ouvert, en 1929, une première maison qui s’appelait Madame Irande, mais, suite à un procès, elle a dû changer le nom de sa marque en celui d’Hélène Yrande. C’est une spécialiste des déshabillées, des robes de maison, des accessoires de plages ou de voyages. Très moderne, elle crée des toilettes évolutives et adaptables (jupes escamotables, ajout de manches, etc.). Elle décède le 8 février 1951, quelques mois plus tard, ses enfants vendent la maison de couture à Jacqueline Perrières.




Mainbocher
Enfin, au 21 de l’avenue George V, il y a MAINBOCHER, une griffe de haute couture fondée par le couturier américain Main Rousseau Bocher (1890-1976), plus connu sous le nom de Mainbocher (à prononcer « Maine-Bocker »). Fondée à Paris en 1929, la maison de couture est transférée à New York en 1940, avant de fermer en 1971. Originaire de Chicago, Main Rousseau Bocher part pour l’Europe en 1911. Dès lors, menant une vie de bohème, il alterne entre ses études et divers emplois, à New York, Munich, Paris et Londres. Au début des années 1920, il intègre le groupe Condé Nast en tant que rédacteur mode de l’édition française du magazine Vogue (« Paris fashion editor »). Il lance la rubrique « l’œil de Vogue « , dans laquelle il popularise de nouvelles expressions comme « blanc cassé ». Grâce à ses talents littéraires et à son sens du style, il devient rédacteur en chef de l’édition française du magazine Vogue en 1927. En 1929, il considère sa connaissance du monde de la mode suffisante pour passer à une activité plus créatrice et décide d’ouvrir sa propre maison de couture. Il s’agit d’un pari risqué pour Mainbocher, qui, alors âgé de 40 ans, n’avait pas de formation technique. En 1935, il dépose sa marque pour des « parfums, savons, fards, tout article de toilette, beauté ». Il s’impose progressivement grâce à ses créations tout aussi élégantes que sophistiquées. On lui doit notamment la robe bustier et les pull-overs en cachemire brodés.
















































































































































