Fra Filippo Lippi (2e partie)

Filippo Lippi a eu une vie passionnante (pour en savoir plus, c’est par là) mais c’est avant tout un peintre qui a su marquer son époque. Né en 1406, au tout début de la Renaissance, il s’inscrit pleinement dans ce courant en permettant à la peinture de s’affranchir de certains carcans (entre autres avec un style plus libre, moins rigide et plus expressif) et en donnant plus de place au rôle de l’artiste. C’est en le situant dans sa continuité, avec ses précurseurs et ses élèves, qu’on en prend pleinement conscience.

Pour bien comprendre les différences et l’évolution du style entre les peintres, nous allons nous intéresser aux portraits des Madone, représentation inévitable et extrêmement codifiée de la peinture du Moyen Âge et de la Renaissance. À l’époque, le peintre n’est pas vraiment libre de représenter le sujet de son choix, il est tributaire de la commande de la part de riches particuliers, mais surtout d’institutions religieuses. De ce fait, la peinture est très standardisée. Elle ne représente quasi exclusivement que des scènes religieuses et celles-ci doivent correspondre à certains codes, symboles, etc. Les représentations de Marie sont alors extrêmement répandues et nous allons justement voir comment les artistes ont réussi à s’approprier cette figure imposée pour la faire évoluer et la place de Filippo Lippi dans ce processus (pour aller plus loin sur l’histoire de l’art à la Renaissance, je vous conseille ce super blog)

Il fut d’abord influencé par Lorenzo Monaco et surtout Masaccio qu’il put voir travailler au couvent du Carmel de Florence. Masaccio est remarquable par sa capacité à représenter les expressions et les postures de ses personnages. Il fut aussi un des premiers à mettre en pratique les recherches de l’architecte Filippo Brunelleschi sur la perspective.

A noter dans les deux cas : la stylisation des fonds et une certaine rigidité de la pose (même si la madone de Masaccio a déjà gagné en expressivités)

Plus tard, Filippo Lippi rencontre Fra Angelico qui exerça, à son tour, une influence sur son art (notamment dans son traitement de la lumière)

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Fra Angelico, 1423

Le fond reste stylisé, mais la pose s’assouplit et le travail des ombres donnent plus de profondeur à la Madone.  

Fra Filippo Lippi ensuite, est connu pour ses nombreuses représentations de la Vierge. Celles-ci sont célèbres pour l’élégance des silhouettes et la finesse des traits du visage. La place du modèle prend également une plus grande importance (même si cela tient beaucoup du rapport de Lippi aux femmes et à son mariage rocambolesque avec Lucrezia Buti, ici représentée. Je vous renvoie toujours à la première partie de mon article)

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Filippo Lippi

Ici le fond n’est plus du tout stylisé, mais réaliste et personnel (il représente la campagne Toscane, là où vit Lippi), c’est une scène d’extérieur, les traits du visage sont bien plus détaillés et expressifs, la pose est plus douce et fluide.

Des traits qui se retrouvent dans la peinture de son élève le plus célèbre : Sandro Botticelli qui entre dans son atelier en 1465.

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Sandro Botticelli

Le fond n’est plus du tout stylisé, c’est une ville parfaitement reconnaissable et contemporaine du peintre. Les figures de la Vierge, comme celle de l’enfant ont perdu toutes formes de raideur, les visages sont expressifs. Ils sont humains. Si ce n’était l’auréole de la Vierge cela pourrait être le portrait d’une mère et de son enfant. 

Ce dernier forma d’ailleurs le fils de Filippo, le jeune Lippi dit Filippino au sein de son atelier.

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Filippino Lippi

La scène est en extérieur. Le motif religieux est bien plus marqué que dans le cas de Botticelli, mais la Vierge reste une femme, coiffée à la mode de l’époque. Ce pourrait être une noble dame absorbée par la lecture d’un livre d’heures. 

Pour finir, Lippi s’inscrit dans un courant qu’il aide à développer : l’Humanisme ou le placement de l’Homme (l’être humains) au premier plan, avant la divinité. Il s’extirpe de certains carcans stylistiques, et même s’il ne peint encore que des scènes religieuses leur aspect est très reconnaissable, et bien plus réaliste. On voit que le modèle et le style lui importent plus que le sujet en lui-même, il tend vers le profane. Il pose en cela une pierre sur laquelle pourront s’appuyer ses successeurs. Et comme rien ne vaut les images, terminons avec un petit panorama avant et après Lippi…

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Randonnée en forêt de Marly (album photo)

Fin mars, j’ai fait une randonnée avec une amie en forêt de Marly, un ancien domaine de chasse royale, une bonne occasion d’observer la naissance du printemps.

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On l’attend, le printemps !

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On se demande ce qui a pu se passer

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Lenzite du bouleau (enfin je crois)

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Les dessous du décors

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Le résultat

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Un petit côté onirique

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Qui a la patience de compter l’âge de l’arbre ?

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Ah ! voilà le printemps qui pointe son nez

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Polypore du bouleau (enfin je crois 🙂

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Nous avons finalement trouvé le printemps

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« La Gastronomie, revue de l’art culinaire » – miscellanées

En farfouillant dans Gallica (le catalogue numérique de la BNF) je suis tombée sur une revue au titre alléchant :

« La Gastronomie, revue de l’art culinaire ancien et moderne,
Journal paraissant tous les dimanches
Rédaction : la société des gens de lettres et des gastronomes formés à
l’école de Grimod de La Reynière et de Brillat-Savarin »

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De cette revue on ne sait presque rien : c’est un 4 pages qui a été publié entre le 6 octobre 1839 et le 29 décembre 1840, le dimanche tout d’abord, puis le samedi.

Qu’y trouve-t-on ? Des articles de fond, des anecdotes historiques, des recettes, des portraits de cuisiniers, des « revues » de restaurants et boutiques (qui ressemble beaucoup à nos publi-communiqués), le court du prix des denrées alimentaires, une rubrique intitulée « après dîner » sur les spectacles et bien sûr, la « Réclame » (la publicité de l’époque). Bref on est sur un des ancêtres de nos magazines de cuisine.

Extraits choisis

Sommaire du 1er numéro :

« La Gastronomie -Hygiène de la table – Galerie gastronomique, M. Capetigue- Don Carlos et la bulle de la sainte Croisade – Le thé, le café, le chocolat et les condamnés à mort – Séance du Caveau – Recettes alimentaires, cervelles à la moelle – Après dîner, Revue des théâtres ; mort du lion de M. Van-Amburgh – Bulletin des halles et marchés – Annonces gastronomiques et autres« 

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Recette, n° du 15 décembre 1839 :

« Pâtisserie – Gâteau de Milan ou de mille ans

Prenez une livre de beurre et faites-le fondre, mais non roussir. Après l’avoir laissé un peu refroidir, ajoutez-y un citron râpé, une livre de sucre en poudre et trois œufs ; puis, mêlez bien le tout avec autant de belle farine qu’il en faut pour pétrir la pâte. Étendez cette pâte avec un rouleau jusqu’à ce qu’elle soit de l’épaisseur d’un manche de cuiller ; découpez-la en morceaux que vous laverez avec un jaune d’œuf délayé dans de l’eau ; faires cuire ensuite au four à une chaleur qui ne soit pas trop forte.
Ce gâteau se conserve très longtemps, ce qui lui a valu le nom de gâteau de mille ans. »

Ces biscuits sont toujours connus de nos jours (sous le nom de gâteaux de Milan) avec des amandes et du citron (par ici pour une recette dans nos standards actuels)

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Jeux, n° 29 du 19 avril 1840

« Charade Gastronomique

Je suis légume en mon premier,
Tantôt petit, tantôt énorme ;
A toute sauce je me forme,
Par le talent d’un cuisinier :
Mon second offre plus de pompe,
Plus de goût, de couleur, d’éclat ;
Cher lecteur, si je ne me trompe,
Mon tout fait encore un bon plat. » *

* « Le mot de la charade du numéro 29 est CHOUCROUTE »

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Article de fond, n°30 du 26 avril 1840

« Des insectes considérés comme aliments

Les insectes ne nous fournissent que fort peu d’aliments : l’abeille est presque la seule qui puisse, à cause de son miel, faire valoir ses droits dans le monde gastronomique. Personne n’ignore que le miel est un suc en forme de rosée, que les abeilles tirent des fleurs et reçoivent dans leur estomac, où il fermente jusqu’à ce qu’elles le rejettent dans le le fond de leurs alvéoles; là, s’achève peu à peu la fermentation qui produit le miel parfait. Quand on veut enlever ce miel, il faut l’extraire des gâteaux, ce qui se pratique de différentes manières, selon le pays et selon la saison.
On attribue au miel plus d’une vertu médicale. Avant la découverte de l’Amérique la cuisine en faisait grand usage; les anciens l’employais pour sucrer leurs ragoûts, leurs confitures et leurs boissons. En général, on peut dire que le miel est préférable au sucre, comme plus balsamique, plus pectoral et plus anodin. Le miel brut a la propriété singulière de conserver les plantes, les racines, les fleurs, les fruits et même les substances animales. Les Badas, habitants de Ceylan, coupent la viande crue par morceaux, qu’ils couvrent de miel, et la déposent dans le trou d’un gros arbre, à une brasse au-dessus du sol, et ils bouchent ensuite ce trou avec une branche enduite de terre. Un an après, cette viande est de fort bon goût, confite et parfumée.
En Grèce, on servait sur les tables délicates des cigales en chrysalides; elles passaient pour être exquises; on les mangeait ainsi toutes formées. Avant l’accouplement, les mâles étaient plus estimés que les femelles; celles-ci, après l’accouplement, avaient le ventre plein d’œufs, dont les gourmets d’Athènes se montraient friands. Encore aujourd’hui, dans les Indes-Orientales, rien n’est si commun que de voir les naturels du pays porter au marché des corbeilles de cigales et de grillauts, et les échanger contre d’autres marchandises. Les histoires, tant anciennes que modernes, font mention d’une espèce de sauterelle dont la chair est aussi blanche et plus succulente que celle des écrevisses; les Orientaux savent les accommoder en les faisant bouillir ou rôtir dans une terrine, où les ailes et les jambes se détachent; mais les têtes et les corps deviennent rouges comme des écrevisses cuites, et
forment un met excellent que l’on peut comparer aux larves du palmier sagou. Diodore de Sicile raconte que les Éthiopiens, de son temps, se nourrissaient de sauterelles. Ce n’était pas non plus une nourriture inconnue en Judée et dans les pays circonvoisins, puisque Moïse a permis aux Juifs d’en manger de quatre sortes; d’ailleurs, l’Écriture nous apprend que Saint-Jean-Baptiste vivait de sauterelles et de miel sauvage. Les enfants de Moïse et de Saint-Jean-Baptiste ne profitent ni de la permission ni de l’exemple.
En 1693, il se répandit en Allemagne une armée de sauterelles, de l’espèce de celles que mangent les Orientaux. Le célèbre J. Mudolpli en fit préparer à la façon de ces peuples, pour régaler les magistrats de Francfort.
Les habitants des côtes de la Guinée dévorent les moucherons ; ceux de l’île de Ceylan, les abeilles ; ceux de la Nouvelle-Espagne, les fourmis; d’autres les vers à soie; les Tartares et les Hottentots, la vermine. De Lahire fils a assuré à Réamur avoir connu une demoiselle qui, se promenant dans un jardin, piquait toutes les araignées qu’elle rencontrait, et les croquait sur-le-champ. Faites-moi le plaisir d’apprendre aux dames ce dont se léchait les doigts le célèbre astronome Lalande ! »

Débat on ne peut plus d’actualité (voir ici et ici). La référence à Lalande est dû à une anecdote qui voudrait que ce célèbre astronome (« créateur » de la constellation du quadrant, « découvreur » de la supergéante rouge VY Canis Majoris, et fondateur de la loge maçonnique des neuf sœurs) aimait choquer la bonne société du XVIIIe siècle en prétendant manger des araignées qu’il gardait dans une petite boîte.

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Et pour conclure, un peu de réclame, n°52, 27 septembre 1840 

« Annonces-Couplets :

FÉLIX, BOULANGER-PATISSIER, rue Vivienne, 35.
Air : Tendres échos errans dans ses vallons.

Paris entier le proclame, ô Félix!
Des boulangers le prince et le phénix.
Grâce aux travaux de ton habile main,
Qui font aller tant de sous dans les poches,
Nous le voyons, on peut l’aire du pain,
Et cependant taire encor des brioches!
Paris entier te proclame, ô Félix !
Des boulangers le prince elle phénix. »

Voilà une publicité qui allie la musique aux mots, une sorte d’ancêtre papier des publicités radio. La chanson originale est de Béranger (un chansonnier extrêmement connu au XIXe siècle) et n’est pas vraiment en adéquation avec la boulangerie. Je n’ai malheureusement pas réussi à trouver l’air mais il était sûrement assez solennel.

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J’espère que cette petite promenade historico-gastronomique vous à plus. J’ai trouvé très intéressant de voir les origines de nos magazines de cuisines/blogs/émissions de radios culinaires… N’hésitez pas à aller faire un tour sur Gallica pour poursuivre l’aventure.

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Préparation d’un week-end à Copenhague : les Kanelgifler (brioches à la cannelle)

Je pars fin mai à Copenhague (et j’ai hâte) et pour me mettre dans l’ambiance je me suis dit que j’allai tenter les Kanelgifler. Ce sont ces petites brioches roulées à la cannelle typique des pays scandinaves.

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Je ne fais jamais de viennoiserie ou pour être honnête c’est surtout que les rares fois où j’ai essayé ça n’a pas été une grande réussite. Du coup j’étais un peu inquiète en commençant la recette, mais finalement ça c’est plutôt bien passé.

Je ne sais pas trop d’où vient la recette que j’ai utilisée, j’en avais plusieurs versions dans une pochette ou je conserve des recettes découpées de magazines de cuisine et que j’aimerai tester. J’ai pris celle-là parce qu’elle me paraissait plus simple mais elles étaient toutes à peu près similaire.

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C’est à ça que ça doit ressembler, en théorie

Pour 12 à 14 brioches

25 g de levure fraîche ( je n’en ai pas trouvé, j’ai pris de la levure de boulanger sèche et j’en ai mis un peu moins)
25 cl de lait entier
500 g de farine
100 g de sucre (je n’avais que de la cassonade)
1/2 cuil. à café de sel
90 g de beurre mou (là aussi je n’avais que du beurre demi-sel donc je n’ai pas mis la demi-cuillère de sel)
1 oeuf
1 cuil. à soupe de lait
grain de sucre (facultatif) (du coup je n’en ai pas mis mais j’ai mis de la poudre de cardamome à la place, parce que j’avais vu dans d’autres recettes que ça se faisait et que j’en avais)

Pour la garniture
100 g de beurre mou (toujours du demi-sel pour moi)
40 g de sucre semoule
60 g de cassonade (toujours pareil je n’avais que de la cassonade)
7 g de cannelle en poudre (j’en ai sans doute mis un peu plus)

  1. Faites tiédir le lait et délayez-y la levure avec une fourchette. Laissez reposer 10 mn.
  2. Ajoutez le sucre, le sel, le beurre et la farine et mélangez bien le tout au batteur. Pétrissez pendant 8 min jusqu’à obtenir une pâte homogène (bon j’ai pétri largement moins longtemps mais ma pâte était homogène, promis ^^)
  3. couvrez d’un film alimentaire et laissez pousser la pâte pendant 1h à température ambiante et à l’abri des courants d’air.
  4. Déposez la pâte sur un plan de travail fariné et étalez-la au rouleau pour former un rectangle de 40 x 50 cm (je n’ai pas sorti un mètre mais on devait à peu près y être)
  5. Dans un grand bol, mélangez au batteur tous les ingrédients de la garniture (je l’ai fait à la cuillère, ça allait aussi). Étalez celle-ci en fine couche sur toute la surface de la pâte. Roulez la pâte sur elle-même en serrant bien de manière à former un fin rouleau de 50 cm de long environ (je n’ai pas mesuré mais j’ai fait de mon mieux).
  6. Taillez dans le rouleau en biais, d’un côté puis de l’autre, afin d’obtenir 12 à 14 brioches en forme de pyramide (là je n’ai pas bien compris le « d’un côté puis de l’autre », j’ai juste taillé en biais). Déposez-les sur une plaque à four recouverte de papier sulfurisé.
  7. Fouettez l’œuf avec la cuillère de lait et badigeonnez-en les brioches au pinceau (c’est à ce moment que j’ai ajouté la cardamome mais on ne la sentait pas beaucoup, la prochaine fois je la saupoudrerai directement sur les brioches). Laissez pousser encore 30 mn.
  8. Préchauffez le four à 200°C. Enfournez pour 12 à 14 min jusqu’à ce que les brioches soient bien dorées (c’est là que ça a été un peu moins bien, elles ont un peu trop dorée ^^). Saupoudrez-les de grains de sucre et laissez-les tiédir sur une grille avant de les déguster (ça je ne l’ai pas fait).

Le résultat en image :

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Au final j’étais plutôt fière de moi. C’était vraiment bon. Je pense que je pourrais mettre un peu moins de levure (mais je n’aime pas le goût de la levure donc je ne suis pas nécessairement objective) et surtout les cuire un peu moins pour qu’elles soient plus moelleuses.

Bon appétit et sikker rejse*

 

*Bon voyage en danois

 

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Un jour à Londres (album photos)

Ballade à Hyde Park

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Westminster Abbey

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Hoxton by Night

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