Fra Filippo Lippi (1ère partie)

Laissez-moi vous parler d’un de mes artistes préféré, Fra Filippo Lippi.

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J’aime beaucoup ce qu’on appelle en histoire de l’art la première renaissance (c’est-à-dire la période du Quattrocento qui s’étend des années 1420 à 1500). Peut-être parce que c’est une période de transition entre le Moyen Âge et la Renaissance, apportant un renouveau tant dans les sujets (plus profanes) que dans le style (plus profane également).

Filippo Lippi est l’un des peintres qui a marqué cette période de son empreinte. C’est aussi un personnage fascinant.

Une vie de roman d’aventure 

Le moins qu’on puisse dire de la vie de Lippi c’est qu’elle n’est pas banale. C’est un vrai héros de roman (et d’ailleurs on peut citer le roman « La passion Lippi » de Sophie Chauveau qui écrit des livres sur l’histoire des grands peintres de la Renaissance. Elle prend un certain nombre de libertés avec l’histoire mais c’est quand même très agréable).

Tout commence à Florence en 1406

Florence, le duomo

Le jeune Filippo est orphelin. Il est placé au couvent des Carmes de Florence où il s’initie à la peinture. Il prononce ses vœux à 15 ans (c’est à ce moment qu’il devient FRA Filippo Lippi) mais entretiendra des rapports pour le moins distants avec les règles monacales. À 25 ans il quitte le monastère et passe une bonne partie de son temps dans les bordels florentins (c’est là qu’il trouve d’ailleurs ses premiers modèles de Vierge Marie, ironie quand tu nous tiens). Ses frasques sont telles qu’il finit par être privé de ses bénéfices ecclésiastiques.

Heureusement c’est à ce moment (en 1438) qu’il entre au service des Médicis. Et là il faut que je digresse un peu. Promis je vais tenter de faire vite.

Au XVe siècle l’Italie telle qu’on la connaît n’existe pas. Elle est alors constituée d’une multitude de micros états souvent centrés sur une cité-état (comme Sienne, Venise, Milan ou… Florence) et presque perpétuellement en guerre entre eux. Chaque cité est souveraine et autonome et est dirigée en théorie par des parlements réunissant les boni homines, délégués au gouvernement de la cité. Dans les faits certaines grandes familles accaparent peu à peu le pouvoir. C’est le cas des Médicis à Florence, famille de banquiers extrêmement riche qui dirigera la ville de 1434 (Cosme de Médicis) à 1494 (Pierre II), bien que les faits soient un peu plus complexes et que la prédominance des Médicis sur Florence soit palpable jusqu’à l’extinction de cette famille (en 1743) que ce soit au travers des papes Médicis ou des ducs de Florence. Les Médicis pratiquent un mécénat artistique très important qui contribue au rayonnement de Florence et au développement de la Renaissance. Fin de la digression.

C’est dans ce contexte que Filippo Lippi est amené à travailler d’abord pour Cosme l’Ancien mais également pour son fils, Pierre Ier « le goutteux ». Ces derniers lui offrent leur protection, ce qui le garantit des autorités religieuses qui jugent ses meurs trop dissolues.

Ça ne l’empêchera pas de connaitre la prison et la torture de l’estrapade (j’ai renoncé à vous mettre une illustration, si vous voulez en savoir plus, suivez le lien) après un différend l’opposant à l’un de ses confrères, au sujet d’une restauration qu’il n’aurait pas exécutée mais pour laquelle il aurait été rémunéré.

En 1456, il est nommé chapelain du couvent Sainte-Marguerite à Prato. Et c’est à ce moment que sa vie prend un tour plus romanesque. À 50 ans, il  tombe amoureux et séduit une religieuse, Lucrezia Buti qu’il enlève au cours d’une procession, peu après avoir découvert qu’elle était enceinte de lui. Il ne peindra plus qu’elle.

lucrezia Butti en sainte vierge

 

En 1457, naît de leur liaison, celui qui deviendra plus tard peintre sous le nom de Filippino Lippi.

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C’est l’enfant, pas l’ange

À nouveau, Lippi connaît des problèmes avec la justice florentine qui compte bien le condamner pour avoir corrompu une nonne. Pour le sauver de la mort, Cosme de Médicis, part au Vatican demander au pape Pie II, nouvellement élu, et ami de Cosme, de le gracier. Ce dernier s’exécute en relevant fra Filippo et Lucrezia de leurs vœux. Lippi épouse donc Lucrezia quelques semaines plus tard, en 1458. Lippi a 52 ans, Lucrezia n’en a que 20. Deux ans plus tard, en 1460, une fille – Alessandra – naît de leur union.

alessandra Lippi

 

Et oui, même si ça n’est pas certain, il est tout à fait probable que la fille de Lippi soit le modèle de ce célèbre tableau (dont je vous laisse deviner l’auteur). Pourquoi ? Comment ? Il faudra attendre la seconde partie de cet article où je reviendrai plus en détail sur l’oeuvre de Lippi et surtout sur ses influences et sa continuité.

Filippo Lippi décède en 1469, à Spolète où il peint les grandes fresques du Prato. Il a eu une vie riche et pleine de rebondissements. À la foi self made man, débauché, artiste passionné, amoureux transi. Mais finalement si elle est aussi fascinante c’est aussi peut-être aussi parce que, grâce à son oeuvre, on a la possibilité de mettre des visages sur tous les protagonistes de cette histoire

La suite au prochain numéro

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Un commentaire pour Fra Filippo Lippi (1ère partie)

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