Le portrait à travers les âges (2/2)

Nous revoilà pour cette seconde partie de l’histoire du portrait dans laquelle nous irons de l’époque moderne à nos jours (pour voir ou revoir la première partie, c’est par là).

Époque moderne et contemporaine 

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L’époque moderne nous amène à nous poser la question de la place du portrait dans l’Art. Dans l’antiquité, si on prend en compte la vision hiérarchique inspirée d’Aristote qui va des objets inanimés aux figures humaines, le portrait n’est pas trop mal placé. Mais les Académies de peinture et de dessin, nées en Italie au XVIe siècle, accordent la primauté à la peinture d’histoire, genre noble qui comprend aussi la peinture religieuse et mythologique. Une hiérarchie des genres qui sera reprise dans toute l’Europe. Ainsi le portrait est souvent considéré plus comme une exacte imitation qu’une véritable composition.

Mais le portrait peut être ennoblit, en faisant celui du Roi par exemple car ce dernier n’est pas un simple individu mais l’image du pouvoir et le représentant de Dieu sur terre. Dans une Europe qui voit la création de la monarchie absolue, le portrait devient pour le pouvoir politique un moyen de propagande. Au XVII e siècle Louis XIV fut l’homme le plus portraituré de France. Ces portraits princiers sont souvent échangés à l’occasion d’alliances ou de mariages. Vivant dans la familiarité des princes et des ministres, le statut de l’artiste s’en trouve renforcé. Le portrait des grands assure donc honneurs et revenus confortables. Pour grandir le genre il est également possible de transformer le portrait d’un simple mortel en portrait allégorique ou mythologique, une mode qui ne se démentit pas tout au long des XVIIe et XVIIIe siècles.

Certains moralistes dénoncent la vanité du portrait. Pour les Jansénistes de Port-Royal, il est même le signe du péché, l’image du corps corrompu. Avec la fin du «Grand Siècle», le portrait d’apparat rigide laisse de plus en plus la place à des portraits moins solennels, plus naturels. C’est les débuts de la mode du portrait au pastel (XVIIIe siècle). Cette technique d’exécution plus rapide, qui réduit les séances de pose, a été introduite en France par la Vénitienne Rosalba Carriera (1675-1757). Quant à la deuxième moitié du XVIIIe siècle, elle voit le triomphe du néoclassicisme et la naissance d’un sentiment de la nature qui annonce le romantisme.

La Révolution française bouleverse l’histoire du portrait. Elle prive beaucoup de portraitistes mondains de leur noble clientèle, a l’exemple de Madame Vigée Le Brun, portraitiste de Marie-Antoinette, qui quitte la France et poursuit son activité dans les cours d’Europe ; à la fin de sa vie, elle avait fait six-cent soixante portraits ! D’autres peintres s’adaptent au nouveau contexte. Dans un premier temps, la Révolution est iconoclaste : désireux de rompre définitivement avec l’Ancien Régime, les sans-culottes détruisent les statues et portraits royaux. Mais la Révolution a besoin de nouveaux héros et ceux-ci seront peints par Jacques-Louis David. David a contribué à la suppression de l’Académie royale en 1793 et donc de la contraignante hiérarchie des genres, mais la peinture d’histoire demeure dans les esprits supérieure au portrait. Au XIXe siècle, les peintres ont à représenter une nouvelle classe, celle des « Bourgeois conquérants » avides de reconnaissance sociale. Le peintre de cette période sera indubitablement Jean-Dominique-Auguste Ingres.

A la fin du siècle les peintres s’intéressent à toutes les couches de la société et représentent volontiers des paysans, des ouvriers, des danseuses etc…  Les styles changent, il ne s’agit plus de faire le portrait le plus réaliste possible. A la fin du XIX siècle et au début du XXe siècle le portrait est devenu prétexte à exprimer la vision personnelle de l’artiste qui décompose et recompose la figure humaine. Les Impressionnistes dissolvent les traits du visage dans la lumière. Les Néo-impressionnistes, utilisant le contraste des couleurs complémentaires et le mélange optique, peignent par petites touches juxtaposées, laissant à l’œil du spectateur le soin de recomposer la forme. Les portraits de Cézanne réduisent les figures à des volumes simples, construit avec la couleur. Et laissons le dernier mot à Henri Matisse qui écrit : « Je ne fais pas un portrait, je fais un tableau ».

La photographie

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Le grand bouleversement du XIX e siècle dans l’art du portrait est évidement l’invention de la photographie en 1826 qui permet de fixer une image réaliste d’un individu.

Dès les premières décennies de son histoire, la photographie explore déjà la totalité des sous-genres du portrait : des portraits officiels, en passant par les images de célébrités artistiques ou intellectuelles, le portrait social, le portrait documentaire, le portrait « scientifique », le portrait familial – et notamment le portrait de mariage et les portraits d’enfants -, l’autoportrait, le portrait de groupe, le portrait historisant, le portrait fictif… La place du portrait est essentielle dès le début de la photographie et jusqu’à nos jours en étant un de ses usages sociaux principaux. Toutes classes sociales confondues, on va se faire tirer le portrait. Enfin, il faut rappeler que peu à peu le portrait se voit doté d’une fonction d’outil de contrôle social, avec l’anthropométrie signalétique de Bertillon d’abord, puis avec la photo d’identité. Aussi, lorsque le portrait-carte commence à décliner au début du XXe siècle, ceci ne correspond nullement à une perte d’attrait du genre. Simplement, du fait des développements techniques et économiques c’est la photographie d’amateur pratiquée en famille qui va peu à peu prendre le relais du portraitiste professionnel – à l’exception des portraits à usage public (presse, relations publiques, etc.), du portrait de cérémonie (baptême, mariage…) ou encore du portrait d’identification juridique (la photo d’identité, mais où la machine, c’est-à-dire le photomaton, finira aussi par remplacer le portraitiste humain). Il sera conçu de plus en plus fortement comme un genre familial, puis comme un genre personnel au paroxysme duquel on trouve le selfie. Ce glissement vers le pôle de l’intimité s’accompagne d’une autre transformation : sa fonction traditionnelle, qui était de souligner des moments forts du temps social (baptême, première communion, service militaire, mariage) fera peu à peu place à une pratique qui a souvent le statut d’un journal intime visuel.

Le portrait n’est pas toujours considéré comme un art majeur, mais en ce qui concerne le portrait photographique on c’est souvent demandé s’il s’agissait d’un art tout court. Ingres signe en 1862 avec d’autres artistes un manifeste qui relègue la photographie au rang de simple technique (« Elle ne peut être assimilée aux œuvres fruits de l’intelligence et de l’étude de l’art »). D’autres peintres comme Delacroix s’y intéressent. Il y a des échanges réciproques : les « pictoralistes » utilisent des procédés empruntés à la peinture pour ennoblir la photographie. Les peintres académiques rivalisent avec le rendu photographique par une facture lisse (« le fini qui fait l’admiration des imbéciles » écrit Cézanne à sa mère). Les plus novateurs, libérés par la photographie de la contrainte de la ressemblance, s’inspirent de ses cadrages, de ses angles de vision, du flou, pour explorer de nouvelles voies. Ils renouvellent l’art du portrait que l’on considérait comme un genre en crise et même en voie d’extinction dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Mais le fait même qu’il ait pris le relais du portait pictural s’est retourné contre le portrait photographique : pendant très longtemps on n’a cessé de l’accuser d’être incapable d’aller au-delà d’une simple reproduction des apparences, et donc de n’être qu’un portrait pictural déchu, car amputé de la vision de l’artiste et de ce qu’il peut faire ressentir de la personnalité de son sujet.

Des portraits de Tournachon, au livre de selfie de Kim Kardashian le débat reste ouvert. Et vous qu’en pensez-vous ?

Sources :

http://classes.bnf.fr/portrait/

http://classes.bnf.fr/portrait/artportr/histoire/texte1.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/Portrait

http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_portrait

http://www.augustins.org/documents/10180/15597167/fgen02s.pdf

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