Le portrait à travers les âges (1/2)

Je ne sais pas vous mais j’ai toujours été fascinée par les portraits. C’est peut-être mon intérêt pour l’histoire qui s’exprime mais l’idée que des personnes ayant vécues des dizaines, des centaines, voire des millénaires auparavant puissent nous regarder droit dans les yeux (même par médias interposé) me bouleverse. J’essaye d’imaginer leur histoire, leurs pensées. Je trouve intéressant de voir leur physique, leurs habits, les modes de l’époque.

Évidement un portrait n’est jamais la réalité mais le regard d’un artiste posé sur un individu et sur le monde qui l’entoure, également le regard d’un individu posé sur lui-même dans le cadre d’un autoportrait ou d’une commande. C’est aussi symptomatique du regard que la société porte sur l’individu.

Des sumériens à Andy Warhol, des portraits de Fayoum aux selfies de Kim Kardashian, je vous propose une petite virée dans l’histoire du portrait.

PS : en écrivant cet article je me suis rendue compte qu’il allait être beaucoup trop long. Du coup il sera en deux parties. Une première qui ira de l’Antiquité à la Renaissance, et une seconde de l’époque Moderne à nos jours.

Qu’est ce que le portrait ?

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Commençons avec une définition : un portrait est une œuvre d’art picturale, graphique, musicale, photographique, cinématographique ou littéraire représentant généralement une personne réelle ou un groupe. Dans les arts plastiques, on n’emploie pas le terme de portrait pour la sculpture. On parle alors de tête, de buste ou de statue. La notion de portrait décrit une œuvre en deux dimensions : peinture, dessin, photographie etc. Enfin il faut faire une place à part à l’autoportrait où l’artiste se représente lui-même.

Je ne m’intéresserai ici qu’aux œuvres picturales, graphiques ou photographiques. Et je me concentrerai sur la culture européenne du portrait (le rapport à la figuration de l’individu étant très différent d’une culture à l’autre).

Bien sûr le portrait peut-être littéraire, il s’agit alors de la description d’une personne tant physiquement que moralement. Et il ne faut pas négliger non plus l’existence du portrait musical, qui peut par des analogies dans le rythme ou l’harmonie, évoquer l’allure et la personnalité d’une personne.

Le portrait témoigne toujours d’un intérêt pour l’individu. Ce n’est pas seulement l’être humain en général que rend le portraitiste mais une personne singulière. Cet intérêt et la fonction du portrait dans la société ont beaucoup évolué au cours de l’histoire.

L’Antiquité

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Le portrait est un genre très ancien. Selon la légende, rapportée par Pline l’Ancien, il aurait été inventé par une jeune fille grecque qui, voulant conserver avec elle l’image de son amant avant qu’il ne parte à la guerre, dessina le contour de ce dernier sur le mur de sa chambre grâce à l’ombre projetée de sa silhouette par une bougie.

Si le portrait peut avoir une fonction de substitution et de mémoire, dans l’antiquité, la représentation de l’individu est le plus souvent étroitement liée aux croyances religieuses et principalement à la fonction funéraire.

L’Egypte  en donne une des interprétations les plus élevées aux IIe et IIIe siècles après J.-C., avec les peintures trouvées dans l’oasis du Fayoum. Ces portraits peints à l’encaustique sur des panneaux de bois et déposés sur des momies produisent une très forte impression de réalité et de vie. Ils étaient certainement réalisés du vivant du modèle (je vous en reparlerai probablement plus et détail un jour).

Par ailleurs, la civilisation romaine produit des portraits qui engendrent une très forte impression de réalité et qui jouent également un rôle important dans la vie sociale, les effigies entretiennent le culte des ancêtres et rendent hommage aux hommes politiques.

La peinture et le dessin étant extrêmement fragile,  il a fallu des conditions extrêmes aux exemples cités pour nous parvenir (le sable du désert pour les portraits du Fayoum, l’éruption du Vésuve pour ceux de Pompéi et Herculanum)

Avec le triomphe du Christianisme, le portrait individuel va disparaître pendant la plus grande partie du Moyen Age.

Moyen Age

Chris Acheiropoietos (non faite de main d'homme), 2e moitié du XIIe siècle

Chris Acheiropoietos (non faite de main d’homme), 2e moitié du XIIe siècle

Comme tous les monothéismes, le Christianisme entretient des relations ambiguës avec l’image. Les Pères de l’Eglise s’en méfient. Ils les condamnent par crainte de l’idolâtrie. L’empire byzantin fut agité pendant plus d’un siècle par des crises iconoclastes (730–843). Deux thèses s’opposent alors : l’une affirme que Dieu, non matériel ne peut être représenté par une image matérielle, et l’autre, soutient que le Christ s’est incarné et a donc sanctifié l’apparence humaine. Finalement le deuxième concile de Nicée, en 787, rétablit l’usage des images religieuses et proclame la légitimité de la vénération des images du Christ, de la Vierge et des saints. C’est pourquoi les seuls portraits « réalistes » de l’époque sont des images sacrées. Bientôt des légendes se forment autour de portraits du Christ « non fait de main d’homme » (acheiropoietos)

Quant à l’homme, s’il est bien fait à l’image et ressemblance de Dieu (« similitudo Dei »), c’est une image très imparfaite à cause du pêché, on ne porte donc pas d’intérêt à l’individu dans sa singularité, on ne fait pas son portrait. Quand les puissants (papes, évêques, rois et princes) font reproduire leur apparence sur les monnaies, les sceaux ou les manuscrits enluminés, ce sont des archétypes. L’aspect personnel s’efface au profit du cadre institutionnel. On n’identifie les personnages que grâce aux insignes de leur fonction (mitre, crosse, couronne…) aux inscriptions qui les accompagnent et, à partir du XIIe siècle, à leur blason (commun à tout un lignage).

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Les derniers siècles du Moyen Age voient le retour du portrait. Une justification religieuse avait provoqué son refoulement, une autre a permis sa réintroduction progressive dans un contexte sacré : le don à Dieu ou à ses saints. Le donateur, le grand personnage qui fait construire ou embellir une église, se fait parfois représenter agenouillé, offrant au Christ, à la Vierge ou à un saint patron le modèle réduit du sanctuaire. Cette pratique existait déjà au Haut Moyen Age, mais l’image du donateur était stéréotypée, elle devint de plus en plus personnalisée aux XIVe et XVe siècles (par exemple La Vierge du chancelier Rolin de Jan van Eyck).

Mais dès la deuxième moitié du XIVe siècle, le portrait s’émancipe, se laïcise et devient un genre autonome.

C’est d’abord le portrait royal. Vers 1355, un artiste anonyme représente Jean II le Bon (roi de France de 1350 à 1364) en buste, de profil sur fond neutre. Le souverain ne porte aucun des insignes royaux (les « regalia ») mais ce profil, isolé sur un fond d’or, fait référence aux médailles antiques et souligne la majesté du modèle. Cette peinture de chevalet est sans doute le premier véritable portrait (avec celui de l’archiduc Rodophe IV de Habsbourg, peint lui aussi vers 1360 par un artiste inconnu).

Puis le portrait individualisé dépasse le cadre des princes laïcs ou ecclésiastiques, les artistes se représentent désormais également dans leurs œuvres. C’est la naissance de l’autoportrait. Enfin c’est la riche bourgeoisie marchande qui souhaite se faire représenter (Les Epoux Arnolfini, Jan van Eyck, 1434).

La Renaissance

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La Renaissance marque un intérêt plus vif à la personne humaine et à l’individu singulier. C’est à ce moment que le terme même de « portrait« , étymologiquement pour (préfixe à valeur intensive) traire (dessiner, du latin protraho, révéler), s’impose dans son acceptation moderne.

A la Renaissance : « L’homme est le modèle du monde » (Léonard de Vinci). Cette période commence en Italie dès la fin du XIVe siècle. L’un de ses principaux courants de pensée, l’humanisme, célèbre la grandeur de l’homme et prête intérêt à son individualité. Cette époque est donc favorable à l’essor du portrait comme genre artistique à part entière. Ils se multiplient dans l’Italie du Quattrocento (le XVe siècle). Si les Italiens avaient souvent une préférence pour le portrait de profil, les peintres du Nord, flamands, hollandais et allemands préféraient généralement le portrait de trois-quarts très réaliste. Un désir de l’artiste d’aller au-delà des apparences pour exprimer la vie intérieure de son modèle est formulé comme par exemple Domenico Ghirlandaio (1449-1494) dans le Portrait de Giovanna Tornabuoni en 1488 où il a placé derrière le profil de la jeune fille une inscription inspirée du poète latin Martial : « Art, pourquoi ne pourrais-tu représenter le caractère et l’âme ? Il n’y aurait pas sur la terre de peinture plus belle ».

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Enfin la Renaissance voit également le développement de l’autoportrait, une autre façon, plus personnel, pour les peintres de représenter « le caractère et l’âme ».

Nous nous arrêterons là pour aujourd’hui, la suite des aventures arrivera bientôt, promis

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