Penny Dreadful : petite histoire de la littérature horrifique anglaise

Il y a quelques semaines je vous parlais de la super série Penny Dreadful (pour voir ce que j’en pense c’est par là). Je vous expliquais à l’occasion que cette série tirait son nom d’un type de littérature populaire très courante dans l’Angleterre Victorienne. Je vous propose de nous intéresser d’un peu plus près à ces « Terribles Penny ».

The Flying Dutchman

Tout d’abord de quoi parle-t-on ? Les Penny Dreadful sont un type de publication apparus en Royaume-Unis au XIXème siècle, qui contenaient des séries d’histoires sinistres et sensationnelles, et paraissait en volumes de façon hebdomadaire, chaque partie coûtant un penny (un centième de livres sterling).

Le XIXe siècle marque les débuts de l’industrialisation. Celle-ci s’accompagne de bouleversements sociaux. D’un côté les techniques d’impression et de production de papier deviennent de plus en plus performantes (on imprime plus vite sur du papier moins cher). D’un autre côté l’alphabétisation augmente de plus en plus. Tout est donc réuni pour que la lecture devienne un loisir populaire et l’édition une industrie à part entière.

Histoire d’un genre

Au début du XIXe siècle apparaissent les Blood Penny, des romans d’histoires macabres ou d’aventure publiés dans des périodiques à un penny, comprenant généralement huit pages avec une gravure sur bois sur la première page.

Magazine of curiosity and wonder

Ces premières fictions sont surtout le fruit de plagiats et d’adaptations de textes de Dickens, de pièces de théâtre, de la littérature américaine (James Fenimore Cooper entre autres) ou de romans français (ceux d’Alexandre Dumas père où les Mystères de Paris d’Eugène Sue qui deviendront les Mystères de Londres en 1844). Du moins jusque dans les années 1850 qui marquent un durcissement, voir la création, du droit d’auteur (par exemple le traité de 1851 qui créé le droit d’auteur anglo-française et impose des obstacles financiers aux éditeurs de littérature à 1 penny.)

C’est à partir de 1860 qu’apparaissent les premiers Penny Dreadful. Si le format d’édition est à peu près le même que les Blood Penny, le contenu est plus « soft », et vise un public plus jeune. Les formats bon marché en un seul volume (et non plus en série) apparaissent également. On intègre aussi à cette littérature les journaux à destinations des jeunes garçons.

Boys of England

Les Penny Dreadful sont vite devenu, et de loin, la forme la plus séduisante et peu cher de lecture à la disposition des jeunes gens, et ceux jusqu’à la création au début des années 1890, par le futur magnat de la presse Alfred Harmsworth, du livre à un demi-penny.

Réception

Les Blood Penny et les Penny Dreadful étaient destinés aux jeunes hommes de la classe ouvrière. Le terme « dreadful » (terrible) était initialement supposé exprimer l’anxiété sociale ou morale de la bonne société victorienne, s’alarmant de cette nouvelle littérature à destination de la jeunesse. La large diffusion de cette littérature sensationnaliste, a d’ailleurs accompagné la peur accrue de la criminalité en Grande-Bretagne à cette époque.

Les garçons de la classe laborieuse qui ne pouvaient pas se permettre de payer un penny par semaine formaient des clubs qui en partageaient le coût, en passant les livrets d’un lecteur à un autre. Certains jeunes, recueillait également un certain nombre de livrets consécutifs, pour ensuite en louer les volumes.

Quelques grandes figures du Penny Dreadful

 – Varney the Vampire or, the Feast of Blood : un Penny Dreadful écrit par James Malcolm Rymer apparu pour la première fois en 1845 et se poursuivant sur plus de 220 chapitres. Le personnage de Varney a introduit un certains nombres de caractéristiques du vampire tel que nous le connaissons aujourd’hui (pour rappel le Dracula de Bram Stocker date de 1897).

Varney the vampires

– Jack Harkaway, créé par l’avocat Bracebridge Hemyng en 1871, dans la revue Boys of England. Les aventures du jeune Jack Harkaway, qui débutent quand il s’enfuit de l’école avant de déjouer les plans de bandits de grands chenins, sont caractéristiques du roman d’aventure et se poursuivront sur un quart de siècle.

Jack Harkaway

String of Pearls: A Romance : probablement écrit par James Malcolm Rymer et Thomas Peckett Prest en 1846 c’est ce roman qui introduit le personnage de Sweeney Todd « le diabolique barbier de Fleet Street ». Todd est un barbier qui assassine ses clients et cuisine leurs restes dans des pâtés à la viande, vendus dans la boutique de sa complice : Mme Lovett.  Cette histoire a fait l’objet d’une adaptation (un peu laborieuse) de Tim Burton en 2007.

Sweeney Todd

– The Mysteries of London : écrit par George William McArthur Reynolds en 1844. Largement inspirée des Mystères de Paris d’Eugène Sue, il s’est vendu à 40 000 fascicules et plus d’un million d’exemplaires au total.  Ce roman et sa suite, Les Mystères de la Cour de Londres, sont considérés comme étant des œuvres fondatrices du genre des « mystères urbains » victoriens, un style de fiction à sensation, qui mélange des éléments du roman gothique (romantique) avec des récits qui mettent l’accent sur la pauvreté, la criminalité et la violence d’une grande métropole, avec des descriptions détaillées et souvent sympathiques de la vie des bas-fonds de la société victorienne. A ne pas confondre avec Les Mystères de Londres de Paul Féval.

mysteries of london

J’espère que cet article vous aura peut-être donné envie de découvrir (et de lire) un peu plus cette frange de la littérature anglaise.

Pour terminer quelques sources pour aller plus loin (uniquement anglophone malheureusement) :

– L’article Wikipédia pour commencer : http://en.wikipedia.org/wiki/Penny_dreadful

– Le site sur la littérature de poche de Marie Léger-St-Jean de l’université de Cambridge qui est très complet : http://www.priceonepenny.info/index.php

– Un site de la British Library avec pleins d’illustrations : http://www.bl.uk/collections/early/victorian/pu_penny.html

– Le site de la British Library sur la période Victorienne qui est vraiment très bien fait : http://www.bl.uk/romantics-and-victorians/articles/penny-dreadfuls

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Un commentaire pour Penny Dreadful : petite histoire de la littérature horrifique anglaise

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